Revue de presse


Des nuits noires de monde | Piano - Voix | Le nez en l'air | Spectacle en duo

L'oiseau noir du champ fauve |  Une fois qu'on s'est tout dit | Voler... | Quand vous me rendrez visite


Des nuits noires de monde

Midi libre (novembre 2009)

PulSzmag (avril 2009)

Dauphiné Libéré (janvier 2009)

Midi Libre Telerama
Dauphiné Libéré

Ouest France - 29 janvier 2009

Un voyage musical : Les nuits noires de monde

"Fais moi un manteau de mots". Des mots en portugais, en italien, en anglais, en espagnol, en arabe, mais surtout en français. Des mots parlés mais surtout chantés. Des mots sur l'amour, sur les murs, sur la guerre, sur la paix, sur des poules grises, noires ou brunes… Des mots frais, des mots doux, comme "la peau noire de sa nounou".

Tel est le poétique manteau que Michèle Bernard a délicatement posé sur nos épaules, mardi soir au Quai (Angers). Elle revisite Les Nuits Noires de Monde, sa création de 1991, sur une scène presque nue, entourée d'un orgue de barbarie, d'un choeur de cinq femmes et d'un landau. Le reste est mise en scène et jeux de lumières. Ensuite, les chants polyphoniques transforment ce décor. Ils nous content leurs histoires au bout de laquelle la lune s'allume et les voix nous laissent dans ces rêveries qui embellissent la nuit.

 

LE DOIGT DANS L'OEIL octobre 2008 - N°24

Des nuits noires de monde

Quand on a plus ou moins bourlingué sur les chemins de la vie, on perd un peu de cette capacité d’émerveillement qui donne aux enfants l’ambition de refaire le monde à chaque nouveau matin. Heureusement, l’enfance c’est comme le noyau originel qui donne naissance au fruit, quand la chair a enrobé le noyau, celui-ci reste présent, il n’a pas été éliminé, et c’est une chance de se souvenir qu’on a toujours ce noyau en soi.

Et c’est parfois difficile de garder vivant cet esprit d’enfance sans tomber dans la décrépitude de «retomber en enfance»  vers les 4 fois vingt ans.

Alors, en faisant un flash back panoramique sur les années passées, et les spectacles ayant marqué profondément par leur charge émotionnelle, par leur créativité, par leur faculté de générer du bonheur, il émerge quelques moments rares, en tout premier, «Des nuits noires de monde» créé en 1991 par Michèle Bernard, présenté en 1993 au Café de la Danse après une tournée de 2 ans. «Voyage musical pour chanteuse, chœur de femmes et petit orchestre forain»  dans lequel quelques musiciens de jazz de l’ARFI  donnaient un relief sonore d’une richesse et d’une subtilité inouïes. Il y avait une clarinette basse dont on retrouve les sons dans pas mal d’albums depuis.  Et le formidable Patrick Mathis dont l’orgue de Barbarie voltige dans des rythmes qui sont loin de son répertoire habituel.

Ces «Nuits noires de monde» renaissent cet automne 2008, pour une nouvelle tournée au long cours, avec la chanteuse, Michèle Bernard, le chœur de femmes «Evasion» et le petit orchestre forain de Patrick Mathis et son orgue (de Barbarie).

Si vous ne devez voir qu’un spectacle dans les 3 ans qui viennent, c’est celui-là. Spectacle total, pas d’esbroufe et d’effets clinquants, mais une suite de scènes, fluides, qui vous embarquent sur plusieurs continents musicaux, dans quelques époques charnières de l’histoire contemporaine, avec le regard tendre ou acidulé d’une humaniste coloriste qui sait mettre les mots justes sur les trente six états d’âme des terriens déboussolés par les errements des peuples.

Welcome, dit mon paillasson, mais les verrous qui ferment la porte deviennent une barrière étanche aux misères endémiques qui se banalisent... et les pigeons qui se battent pour un croûton de pain, c’est un cauchemar ou une vision prophétique ? On se demande...

C’est un spectacle qui chante, qui danse, qui fait naître d’un geste, d’une note, un arc-en-ciel d’émotions, de sentiments mélangés, de réflexions intimes, qu’on a envie de partager..

La marche en avant de l’humanité a été plus souvent nomade que sédentaire, et c’est des rencontres que s’enrichissent les civilisations, les métissages qui apportent des idées neuves...

C’est un spectacle tendre lucide et généreux, le théâtre d’Ivry était archi plein, plus un bout de marche d’escalier de libre, tant le souvenir de cette création est resté vivant et fort.

On y retrouve l’essentiel du livret de départ, avec quelques réajustements pour être en phase avec 2008, si les mots «chefs d’œuvre» ont un sens, il est entièrement justifié par ces «Nuits noires de monde»

 Norbert Gabriel

 

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Piano - Voix

La Provence (juin 2008)

Chorus (été 2008)

Telerama Telerama

Télérama (mai 2008)

Telerama

Il était une fois Michèle Bernard. Auteur, compositrice et interprète qui depuis tout juste trente ans trace son chemin en marge des grands circuits de la chanson. Elle avait pourtant d'emblée été consacrée « découverte » dans un bouil­lonnant Printemps de Bourges et, depuis, elle a réussi la prouesse de décrocher plusieurs prix de l'académie Charles-Cros. Ceux qui s'intéressent de près aux mots dits et chantés savent pertinemment qui elle est, avec son verbe tellement humain qu'il vous file droit au coeur et sa voix si limpide qu'elle vous colle le frisson.

Chanteuse à l'accordéon, plus ou moins réaliste, plus ou moins politique, qui a toujours su, aussi, chanter l'intimité avec une délicatesse désarmante. Aujourd'hui, Michèle Bernard exhume de ses malles quelques-unes de ces chansons d'amour et de tendresse qu'elle interprète en piano-voix (reprises enrichies d'inédits). Même quand on les connaît par coeur, elles nous reviennent aussi fortes qu'hier, dans leur absolue quintessence. Sentiments mis à nu, désirs en liberté dans l'urgence d'aimer et la peur de se perdre. C'est l'art de la chanson dans ce qu'il a de plus simple et de plus précieux, instants de grâce aussi fragiles qu'essentiels.

Valérie Lehoux

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Spectacle en duo

Roanne en choeur

Roanne en choeur

Le pays Roannais - 14/02/2008

LePaysRoannais140208

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Le Nez en l'air

Liberté de l’Est sept 2007
Le Nez en l’Air et le coeur bien à sa place

C’est une grande dame de coeur (et de choeur) qui a occupé hier soir la scène du théâtre municipal.
Ce sont « les petites et grandes choses de la vie » qui l’inspirent. Et qui ont aspiré le public réuni
hier soir au théâtre municipal dans le monde de Michèle Bernard. Car l’invitée des ATP sait laisser
aller sa plume sur mille et un thèmes. De la grosse pierre où tout le monde s’assoit à l’incendie d’un
hôtel parisien insalubre habité par des travailleurs sans papiers. Elle utilise comme elle le dit si bien
« cet espace de liberté » que lui offre la chanson pour parler de tout ce dont elle a envie.
Une grande dame de la chanson dont la voix n’est pas le seul bel organe. Le coeur l’est aussi.
Intituler un morceau Maria-Suzanna ne s’arrête pas à un bel hommage aux rythmes tziganes. C’est
un texte poignant sur l’exclusion.
Le récital d’hier soir s’appelle « le nez en l’air ». L’auteur a sans doute voulu signifier par ce titre
qu’elle est toujours prête à humer l’air du temps, ses cotés les plus nobles et ses travers.


Est républicain sept 2007
La voix du peuple

De passage à Epinal avec un nouveau récital, la chanteuse Michèle Bernard a fait chavirer le public
du théâtre municipal.

C’est en effet devant une salle comble et totalement enjouée que l’artiste a livré son nouveau
récital. Quelques jolis mots, une métaphore, elle plante le décor. Ses compositions racontent ses
expériences, ses rencontres. Ses sentiments, avec une poésie et une justesse merveilleuses. Elle
chante la pluie et le beau temps, accuse la société, dresse des portraits attendrissants de gens
déracinés qui, peut-être, lui ressemblent. L’homme, le travail, la mer, l’amour, la femme, ses
douleurs, ses solitudes… Son répertoire se compose d’autant de tranches de vie, qui se succèdent
au son de son timbre aux milles saveurs.


Le nez en l'air  Le nez en l'air

Photos : Sabine Li


La Croix mars 2006 - Robert Migliorini

Nouvel album, nouveau spectacle, la chanteuse Michèle Bernard revient en force. Venue du
théâtre, elle écrit et compose comme on croque autant de courts scénarios aux personnages
multiples. Le tableau de nos humeurs contemporaines qu'elle dresse, sans concessions, est riche
de ses révoltes et de sentiments pour les humbles et les petites gens. Forte de ses convictions,
Michèle Bernard, en chroniqueuse sociale, évoque l'incendie d'un hôtel surpeuplé où ont péri des
familles africaines ou le scandale des appartements vides. Chaque heure du jour et toutes les
couleurs du temps l'inspirent. De la phobie de l'avion aux mots doux et aux bébés nomades.
Bercée par des tempos métissés, Michèle Bernard s'inquiète sur tous les tons de mondes meilleurs
et de la vie entière.

 

La provence TV hebdo – Christine Georget-Pichardie
Flash cd

"Frangin frangine, si tôt partis / En éclaireurs pour l'infini / Avez-vous retrouvé votre enfance /
L'ardoise magique où tout recommence? / Ô mes amours, c'est un mystère / Que je chante ici sur
la terre / Pour vous offrir du fond de la nuit / Tous les mots d'amour qu'on s'est pas dit"


Avec "Le nez en l'air", Michèle Bernard a ouvert sa fenêtre, comme toujours, sur la planète. Si elle
nous livre ce qui est –très certainement- son album le plus sombre, c'est qu'entrebâiller la porte,
écouter les bruissements du monde, n'est pas toujours très gai. Avec l'élégance de dire sans
médire, elle opte pour la poésie la plus épurée pour rendre plus léger l'indicible. La perte d'un être
cher ("Frangin Frangine") ou ces "Quatre-vingt beaux chevaux", tableau impressionnant où le
passé rappelle le présent. (...) Un texte dont on ne peut extraire la moindre citation tant il fait corps
avec la musique, tant tous deux forment un climat envoûtant. Tout n'est que climat poétique
d'ailleurs dans cet album. Comment peut-on parler de la vieillesse avec autant de douceur et
d'amour? ("Fleur de cacahuète"). Du "pays du tout qui s'débine, petites envies décrépites, petits
bouillons d'idées sans suite" en gardant "dans l'oeil cet éclat de noisette, comme un dernier lampion
d'la fête". Comment peut-on évoquer ces "Appartements vides" des grandes villes, tenus fermés
par des spéculateurs, avec une fureur si contenue, si maîtrisée. "C'est quoi ce désert, c'est quoi
cette mort? Chut! C'est de l'argent qui dort...". Il est très rare que Michèle prête sa voix à d'autres
auteurs. Elle le fait ici, pour nous offrir le poème d'une gosse disparue à 16 ans, non sans avoir
laissé derrière elle des "Jours de fièvre" visionnaires. On boit ce texte goulûment, avide d'une
poésie nourrie d'images quotidiennes, fugaces, entrevues par tous, happées par ceux qui savent
"regarder". Avec tant d'émotions, il faut bien rire un peu. On le fait avec plaisir, sans retenue
aucune, sur ce "J'ai peur en avion".
Des contes en belles histoires Michèle Bernard n'oublie pas l'univers du quotidien. C'est cet amour
passager qui laissera des traces secrètes "l'espace entre nos corps a disparu comme s'il faisait
mal, le plaisir et la peur tout confondus dans l'eau du canal ("Canal de Jonage"). C'est le désir à
réveiller quand le couple ronronne "Et même si on sait qu'elle retombe toujours, faut secouer la
poussière mon amour!" ("Donne moi des claques") et ces lieux improbables où se pose – un instant
– toute l'humanité ("Sur la grosse pierre") : la vieille dame essoufflée, les gosses qui jouent, deux
gars en pétard ou deux amoureux qui s'embrassent et elle bien sûr, puisque c'est là que son
portable passe... L'intarissable bonheur de chanter, elle le lance avec une telle force que les
émotions se bousculent d'autant que certains thèmes laissent pantois. Qui aurait songé à écrire le
triste sort d'un asticot amoureux de Flaubert au point de dévorer "L'Education sentimentale" avant
de finir dans l'Ardèche sans connaître la fin du bouquin? "Elle n'avait même pas lu Flaubert celle
qui l'avala de travers et le tint serré dans sa luette. Une grosse perche analphabète! Comme quoi
aimer les grands auteurs, ça ne vous protège pas du malheur!" Erreur! Qu'il est réconfortant de les
écouter chanter la vie au plus près, au plus juste, au plus vrai.

 

Accordéons Accordéonistes – Françoise Jallot – printemps 2006
Michèle Bernard Poète du souffle d’air

Une voix pure comme l’eau qu’elle chante …Une voix qui «ruisselle doucement comme d’une
fontaine, elle est blanche, elle est bleue à force d’être fraîche… », quelques souffles d’air après
l’orage, un zeste de tendresse dans ses textes, des souvenirs qui resurgissent, Michèle Bernard
écrit sur l’ardoise magique de la vie. Le « Nez en l’air » pour humer les prémices du temps qui
passe, elle se fraie un chemin au travers des mots qu’elle vole, qu’elle jette de plein fouet dans vos
pensées.

Michèle Bernard s’accompagne à l’accordéon pour unir sa respiration au soufflet de léon. « Je ne
me prétends pas accordéoniste, je suis chanteuse, et je m’accompagne de manière simple, mais
en revanche j’adore les qualités qui sont liées au souffle, à la respiration de cet instrument.
L’accordéon me fait chanter d’une manière particulière. Si l’on chante dans la rue par exemple, il
faut pouvoir dominer l’instrument pour faire entendre sa voix, mais il ne s’agit pas d’une lutte, il est
nécessaire que les deux respirations se trouvent en osmose, en harmonie. » Et parce que Michèle
apprécie les qualités musicales de l’instrument, des accordéonistes sont souvent à ses côtés pour
mettre en relief cette tonalité vocale exceptionnelle, son acolyte depuis quelques années Jean-
François Baez au jeu grave et intense, ou bien comme nous avons pu l’entendre, lors du spectacle
donné au Café de la Danse à Paris en mars 2006, Christian Toucas au jeu virevoltant et festif, sans
oublier les autres musiciens Pascal Berne à la contrebasse et Bruno Sansalone aux clarinettes.

L’accordéon montre la voi(x)e
Chanteuse de rues, de bistrot en estaminet, elle chante la vie depuis plusieurs années.
L’accordéon, elle le promène le long de ses chansons. « Cet instrument a été pour moi l’occasion
de quitter le salon de mes parents où se trouvait le piano. L’accordéon représentait une ouverture
sur la rue, la liberté, il m’a permis de faire la manche pendant un temps dans les bistrots. En le
pratiquant, j’ai pu aussi accéder à un tout autre répertoire, à tout l’environnement musical lié à
l’accordéon. » Les valses musette, les chansons noires de Fréhel, l'âme de la chanson réaliste de
l'entre-deux-guerres, les tragédies lyriques de Damia, les chants de la commune, la poésie de la
révolutionnaire Louise Michel…»
L’artiste, l’accordéon-évasion en bandoulière, monte des spectacles de théâtre chanté, joue dans
des comédies musicales pour enfants, crée des musiques pour des choeurs contemporains, des
ensembles instrumentaux ou des polyphonies de voix de femmes, promène son talent sur les
routes de la chanson française, compose et enregistre de nombreux albums : « En public », « Des
nuits noires de monde », « Nomade », « Quand vous me rendrez visite », « Voler », « Mes
premiers vinyls », « Une fois qu’on s’est tout dit », « poésie pour les enfants », « L’oiseau noir du
champ fauve », « Le Nez en l’air ». Un vrai palmarès de chansons réalistes, de chants qui
frissonnent, de paroles tristes ou gaies, de mots crus, de descriptions qui crépitent la fin tragique et
douloureuse « Déjà qu’nos dents sont dans un verre », la vieillesse donnée à voir, brut de
déshabillage, mais teintée de poésie, car Michèle célèbre avant tout l’éclat de noisettes dans les
prunelles des gens aimés.

La chanson est une arme…
Sa voix rappelle celle des grandes dames, Colette Magny, Francesca Solleville, Anne Sylvestre…
voix exceptionnelle, chaude, humaine et militante. Michèle est une chanteuse de coeur, fidèle à ses
convictions, qu'elle ne met jamais "entre parenthèses". Féministe, elle crie pour toutes celles qui
ont mal. Femmes cachées, voilées, violées, prostituées… Michèle Bernard chante la condition
féminine, lance des cris d’appel dévoile la prostitution des vierges noires, nouvelles vestales
attendant le client dans des camionnettes éclairées à la bougie.
Avec un refrain comme supplique : « Dis-moi seulement qu’tes pas obligée… »… Peut-on toujours
espérer !
Michèle Bernard prend position : « Je cherche à donner un angle de vue, je veux chanter ce qui me
choque ou rendre compte de ce que j’observe dans la vie de tous les jours… car la voix du silence
c’est ce qu’il y a de plus terrible. La chanson est un rempart contre le silence, et comme elle peut
se faufiler partout, elle doit rester fidèle à sa vocation, surtout en ces temps où l’on essaie de
bâillonner la parole. » Oui, Michèle cogne contre la banalité, la méchanceté avec une grande
intelligence. Son écriture est subtile, des mots choisis : justes, cinglants, doux, violents et tendres
qui s’impriment et délivrent des messages de générosité.

… vitale
Michèle chante la misère, la honte, mais aussi la beauté du monde qui l’entoure. « J’aborde des
sujets graves, sous une forme poétique, car j’espère qu’il y a de la beauté dans des choses graves
et que cette beauté peut rendre heureux. » Avec humour et amour, Michèle garde les pieds sur
terre, tout en ayant « le nez en l’air », histoire de humer l’atmosphère, de sentir les délices de l’air
frais du matin-chagrin ou câlin. Et si elle a peur de l’avion « Ne m’emmenez jamais le dimanche au
Bourget…», elle décolle à d’autres vitesses supersoniques pour des espaces plus aérés. Elle
démarre sur les bons mots « Moi le seul mystère Qui m’décolle de la terre Quelques mots
choisis », tout au long du désir, le long du « Canal De Jonage », avec toujours en écho cette
nostalgie des choses qui s’effacent, des reflets qui cèdent la place à des souvenirs.
Elle chante, chante d’une voix claire, généreuse et fluide. Elle « se fait sauter la voix », car «
imaginez des poumons sans air, une mer sans eau, une vie sans chansons ». Elle exprime la
banalité du quotidien, le drame de l’existence, les coups durs pris au carrefour de la vie. Elle chante
la poésie, les notes justes, les mélodies inoubliables. Et sa voix s’infiltre sur les lignes de la portée
des coeurs enfin déliés.
Quelle respiration !

 

 Cœur Chorus – printemps 2006
Le nez en l'air

Michèle Bernard est une chanteuse aux facettes multiples, aux aventures croisées, tantôt collectives, tantôt intime - pour ne pas dire individualistes, car tel n'est pas le genre de la maison! Aussi, après le spectacle consacré à Louise Michel, l'Oiseau Noir du Champ Fauve (et le cd en découlant) le genre de la maison! Aussi, après le spectacle consacré à Louise Michel, l'Oiseau Noir du Champ Fauve (et le cd en découlant) n'est-on pas surpris de la retrouver dans un opus plus personnel. Quoique… En reprenant ici Nomade créée en 1991 en groupe dans la spectacle Des Nuits Noires de Monde, elle semble nous dire qu'au fond il s'agit des deux cotés, pile et face, d'une même pièce. Dans les dix huit chapitres de ce recueil (aux arrangements clairs et sobres de Pascal Berne) la revoici, comme toujours partagée entre la thématique sociale et celle des sentiments cachés au plus profond de l'âme humaine, la sienne, la nôtre.

L'album s'ouvre, en une sorte d'interrogation métaphysique, sur un salut, plein de gravité, à ces frangins-frangines, qui nous ont quittés : "Est-ce qu'on emporte en paradis / Les mots d'amour qu'on s'est pas dit / Et une fois qu'on a lâché la barre / Peut-on réécrire son histoire?" Tout à l'heure, il se refermera, en un joyeux duo avec l'ami Gérard Morel, sur une question immédiate et plus terre à terre : par quoi commencer, quand on écrits des chansons? Exemplaire construction que ce début parlant de fin… et vice versa! Entre les deux, la chanson titre de l'album, Le Nez en l'air, aura rappelé les questions existentielles de son auteur : "On cherche des messages venus d'ailleurs : On s'dit qu'il y a sûrement des mondes meilleurs : […] On cherche ce qui est caché."

Elle aura, aussi, dressé des portraits d'hommes et de femmes broyés par la machine à faire du fric : ainsi la petite amie du gardien de nuit qui fiche le feu à l'Hôtel des enfants de Bohème ; la petite albanaise qui tombe amoureuse du marchand tunisien de Cerise et potiron ; cette Vierge noire qui exerce de manière moderne (dans un camion) le plus vieux métier du monde ; ou bien ces appartements vides, témoins de "l'argent qui dort".

Mais l'univers poétique de l'artiste passe aussi par les canaux, comme celui de Jonage et cet autre où naguère quatre-vingts chevaux peinaient sur un chemin de halage ; par les rivières, au bord desquelles on vient s'asseoir sur une pierre ; par la mer, qu'une petite fille contemple depuis une plage ; par l'eau glacée, que l'on réclame les jours de fièvre. Par l'air également : celui que fendent ces avions qui font si peur à Michèle Bernard, celui que soufflent son accordéon et les clarinettes et tuba qui l'accompagnent. L'air et l'eau. Pour une œuvre pleine de flamme.

Jacques Vassal

 

OUEST FRANCE 09 mars 06
L'artiste à l'accordéon vit Le nez en l'air

Dans le cadre du festival Mars m'enchante, Michèle Bernard vient présenter son
nouveau récital le Nez en l'air, jeudi soir à 20h30, à la salle Jean Vilar

Michèle Bernard, vous avez présenté lundi soir votre nouveau récital Le nez en l'air au
Café de la danse à Paris. Comment a- t-il été par le public?
Ça s'est bien passé, c'était chaleureux, encourageant. Beaucoup d'artistes débutent leur tournée en
province et finissent à Paris, Nous, on est snobs : on fait le contraire (rires).

Vous pratiquez l'accordéon depuis plus de 25 ans. Comment la pratique de l'instrument
a-t -elle évoluée?

Lorsque j'ai démarré entre 1975 et 1980, l'accordéon était plutôt relégué au rayon folk ou des bals
musettes. Avec l'arrivée, sur la scène française, d'artistes, comme par exemple Yann Tiersen,
l'instrument a retrouvé sa place. C'est un instrument qui permet de jouer aussi bien du classique
que de la bossa nova ou du jazz.

Le 08 mars, c'est la journée de la femme. Vous vous êtes souvent impliquée dans le
combat des femmes. Qu'en est-il aujourd'hui?

Il est vrai que mes premières chansons avaient des connotations militantes. A l'époque, post 68, on
était en plein boom. Je suis toujours restée fidèle à mes convictions et elles subsistent en moi tel un
fil conducteur. J'ai seulement appris les nuances et pris de la distance. Aujourd'hui, je poétise
davantage.

Comment voyez vous la position de la femme dans notre société actuelle?
La fragilité sur laquelle reposent les droits acquis par les femmes m'effraie. On dirait qu'il ne
manque pas grand chose pour que tout bascule. Je pense sincèrement que l'on doit être vigilantes.
Les femmes ont acquis des droits, mais il reste du chemin à faire. Il y a des disparités sociales. Les
femmes issues des couches sociales favorisées s'en sortent plus facilement que celles qui sont de
conditions plus modestes.

Le nez en l'air, c'est aussi le nom de votre nouvel album, sorti en début d'année. Qu'estce
que l'on y trouve?

Il n'y a pas de fil conducteur dans mes albums. Seulement des portraits de la nature à travers l'eau,
la terre, des évocations poétiques. Mes textes décrivent aussi l'homme et la réalité urbaine. Quand
on a le nez en l'air on chope plein de choses invisibles, des sensations et des petits détails
caractéristiques du quotidien. Au bout de tout cela, il y a la sensibilité, le rêve…

 

Le progrès – 23/02/06
Une voix de cristal, des textes en pied de nez..

La chanteuse, installée dans le pilat vient de sortir un nouveau CD.

Michèle Bernard a le nez en l'air. Quelle chance! Michèle Bernard a le nez en l'air comme le titre de son dernier CD. Une galette, dans la tradition, où elle chante "de petites histoires à sa manière." Si pour tout un chacun, "l'Education sentimentale" est un ouvrage de Flaubert, pour elle, c'est l'histoire d'in petit asticot blanc qui a tout "vermoulu" un de ses bouquins sur une étagère… "Une belle image et j'ai brodé autour de cela", dit-elle.

Les dix-huit titres du CD sont signés d'elle, sauf une "jours de fièvres".

Michèle Bernard chante au gré de son humeur, les petits bonheurs et les malheurs. Une poésie du quotidien, du canal de Jonage à la grosse pierre, des appartements vides à la vierge noire…

Dans "Frangin, frangine, chacun peut se retrouver, sur l'ardoise magique où l'on inscrit tous les mots d'amour que l'on ne s'est pas dit. Car l'envie de chanter, c'est pour elle "comme un orage en plein été, une fleur qui pousse entre les pierres." C'est aussi Carmen qui voulait juste qu'on l'aime. Sauf qu'à "l'hôtel des enfants de bohème", "c'est pas un cauchemar, c'est la jungle humaine."

Entre illusions et désillusions

Alors, pour tout oublier, l'accordéoniste "balance son cœur aux oiseaux" et invite à se "poser sur son chapeau."
Ces dernières chansons, c'est la poésie des mots et le réalisme de l'époque. Des chansons citadines et d'autres qui font rimer la nature. Entre illusions et désillusions.

"Le nez en l'air" se laisse écouter comme une carafe d'eau glacée qui coule dans une verre, une fontaine qui ruisselle doucement. Pour tout cela et pour quelques jolies rimes, on gardera "le nez en l'air" et on s'offrira une balade dans ce dernier CD. Bercés par la voix de cristal!

ND

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Une fois qu'on s'est tout dit

Libération • 21 février 2002
La chanteuse revient sur Le devant de la scène

L'échappée belle de Michèle

On la dit discrète, faut dire qu'elle n'a pas vraiment le choix. Depuis ce départ fulgurant, en 1978, où on la sacra "découverte de l'année" au Printemps de Bourges, les projecteurs du show-biz ne sont plus braqués sur Michèle Bernard. Elle s'en fiche, on le déplore. Parce que la copine de Ferré, l'amoureuse de Louise Michel, la frangine des grandes dames de la chanson (Fréhel, Damia ou Piaf), comme ses comparses amoureux des sarabandes, fait du bien. Surtout quand elle invite chacun d'entre nous à graver dans nos têtes de linotte quelques notes, un petit refrain pour aller bien. Dommage que les ondes des radios et les plateaux guimauve des télés nous privent de cette voix, de ces textes tantôt rageurs, tantôt tendres et enfantins. Qu'importe : cette artiste a monté des spectacles de théâtre chanté, joué dans des comédies musicales pour enfants, composé et enregistré des albums, promené son accordéon vingt-cinq ans durant sur les routes de la chanson française.

Dans son dernier spectacle, Une fois qu'on s'est tout dit, Michèle Bernard s'est entourée de trois excellents musiciens : Jean-François Baëz à l'accordéon, Pascal Berne à la contrebasse et Bruno Sansalone aux clarinettes. Sa voix claire, mélodieuse, monte en force pour dénoncer les "usines à chagrin", tournoie pour célébrer les amours de fête foraine ou boude comme une gamine capricieuse. Une fois qu'elle a tout dit et qu'on a les yeux bien rougis, il ne reste plus qu'à aller boire des coups.

L.N.
 

 

Le Monde • 12 février 2002

Les chemins de traverse de Michèle Bernard

Avec ses mots cinglants et ses mots velours, avec ses grands yeux bleus de petite fille et son culot de femme épanouie, Michèle Bernard, la Lyonnaise, revient à Paris pour un nouveau récital. Ses chansons toutes neuves disent l'amour et le chagrin, les verres bus à la santé de la tendresse ou l'assassinat d'un couple serbo-musulman sur un pont à Sarajevo.

Depuis une vingtaine d'années, Michèle Bernard creuse un chemin à part dans la chanson française. "Chanter avec mon accordéon au coin d'une rue ou avec un grand orchestre, les deux me touchent. " Au fil des ans, elle peaufine une écriture délicate, passée de la chanson plutôt engagée à une poésie libre. " Dans une année, je n'écris peut-être que quelques semaines. Mais j'y pense tous les jours. Comme un hamster, je stocke ce qui m'émeut. Je note tout sur un carnet et, au moment d'écrire, toutes ces impressions, toutes ces anecdotes ressurgissent. "

Chaque mot, chaque note de cette auteur-compositrice sont à présent épurés. "J'ai moins peur de la douceur et du silence. Je me sens moins comme un bazooka. " Michèle Bernard cogne toujours contre la banalité, contre la violence de l'actualité, contre le racisme. Mais la tendresse s'épanouit, laissant sa place au jeu avec le public, au plaisir du chant. "J'ai commencé par faire du théâtre, puis j'ai découvert ma voix chantée. J'ai éprouvé alors la magie du chant. J'ai ressenti une forme de délivrance : les inhibitions tombaient. On parle pour régler des problèmes, mais on chante pour le plaisir. "

Michèle Bernard s'est construit un refuge dans un curieux village à une heure de Lyon, au cœur des monts de la Haute-Loire. " Son nom, Saint-Julien-Molin-Molette, m'a toujours fait rêver. En pleine campagne, c'est un village d'anciennes usines. Je vis dans une ancienne fabrique textile. Pour moi qui suis très sensible à la chanson populaire, au thème du travail ouvrier et des luttes, c'est un lieu qui m'inspire. J'y ai aménagé ma tanière. " Avec son association Musique à l'usine, l'artiste y organise un festival et quelques ateliers pour aider de jeunes chanteurs à approfondir leur recherche des mots et de la musique.

Ces dernières années, Michèle Bernard a composé des musiques pour des chœurs contemporains, des ensembles instrumentaux ou des polyphonies de voix de femmes. Avec son nouveau spectacle Une fois qu'on s'est tout dit (CD édité par EPM), elle revient à la simplicité du récital, accompagnée de trois musiciens et de son propre accordéon. Elle ramène des chansons imaginées lors d'une résidence au Togo et des paroles écrites en rêvant devant les grues du port de Saint-Nazaire ou en se moquant de la nouvelle manie du téléphone portable - "ce qu'il faut, c'est communiquer, nous voilà tous ombiliqués". Sa ballade aux morts de Sarajevo fait ressurgir la violence de cette guerre presque oubliée.

A l'occasion de son retour à Paris, la chanteuse réédite un double CD de ses anciennes chansons (Mes premiers vinyles, chez EPM). On y retrouve intacts sa tendresse, ses cris, son rire et son regard précieux sur notre planète cabossée.

Catherine Bédarida


 

Chorus

Une fois qu'on s'est tout dit

Deux ans tout juste après le magique esprit world-chanson de Voler [Coeur Chorus 27, p. 33], Michèle Bernard nous offre un autre voyage où la chanteuse se souvient qu'elle a été comédienne. L'écriture musicale y suggère un symbolisme à mi-chemin de la ritournelle poétique et du théâtre, certains titres figurant les éléments d'un tout, en tout cas d'une progression. L'ensemble évolue ainsi entre deux parenthèses en jeu de miroir : " Vieille terre " (le théâtre de la vie) et " Le petit théâtre " (la vie d'un théâtre) qui se termine sur ces vers : " Au milieu des guerres /Ne jamais se taire / Crier la vie et adieu... "
Au souffle déchiré bien plus que festif d'un accordéon multiple (Jean-François Baez), l'amour reste contre toutes les " usines à chagrins ", tous les " ponts suspendus " mortifères, la seule raison d'espérer. Qu'on ne s'y fourvoie pas, l'amour (de l'autre comme des autres, du Ténéré à Sarajevo) n'est pas chez Michèle Bernard un " bon sentiment " : c'est bien un acte vital, un sens à l'existence, un moteur pour l'urgence de la lutte. Deux chansons sont d'ailleurs dédiées à l'emblématique Louise Michel.
Et puis, on retrouve -à côté des superbes " Petits cailloux " des débuts (en 1978, sur Le Kiosque, son premier album original) - des chansons à mélodies plus évidentes (" Lola et tout ce qui s'ensuit ", " Viens ", " Dans une tête de linotte "), des coups de patte tendres (" Biscotte ") ou bien caustiques (" Tout tout d'suite "), bref tout ce qu'on aime chez la chanteuse.
D'autant que Pascal Berne, le contrebassiste, a réalisé des arrangements de fine facture en compagnie de nombreux musiciens de l'Orchestre Lyonnais ainsi que d'un ensemble de chant contemporain.

Daniel Pantchenko

 

 

Télérama Paris • 13 au 19 février

On pourrait vous dire la rondeur des mélodies, l'élan simple et sincère des textes, la chaleur du regard, la finesse des musiciens, l'ingéniosité de la mise en scène. Mais c'est la voix, d'abord, qu'on a envie de raconter. Cette voix claire et fluide, porteuse d'émotions, qui résonne depuis 25 ans dans toutes les salles qui défendent l'intelligence de la parole. La voix de Michèle Bernard, si riche d'expressions et de suggestions, sait ce que les crieurs de variétés ont oublié depuis longtemps : le plein et le délié, l'ombre et la lumière, la force et la fragilité.

De quoi nous combler l'oreille et le coeur d'un doux réconfort, en nous murmurant qu'il est urgent d'aimer, qu'on peut encore rêver de fraternité sur la terre des hommes. Naïveté ? Sans doute, mais on se plaît à y croire, ne serait-ce que le temps d'un récital. Le voyage, commencé à la fin des années 70, ponctué de deux prix Charles Gros, est toujours guidé par la même intégrité. D'ailleurs, les anciennes chansons ressorties des malles pour l'occasion prennent parfaitement leur place entre les nouvelles, signe de la totale cohérence d'une œuvre trop méconnue.

V. L.

 

 

Politis • 14 février 2002

Michèle Bernard dit tout
En disque et en concert, la chroniqueuse du quotidien séduit par sa lucidité et sa générosité.

QUAND LA POURSUITE S'ALLUME, elle est déjà là, souriante et résolue. Généreuse, Michèle Bernard promène sur le monde, sur nous et sur elle-même un regard de femme lucide mais jamais cynique. La musique, tour à tour, s'inspire de la valse-musette, de la biguine, du cabaret allemand, de la complainte réaliste ou des danses des Roms ; les accordéons, le sien et celui de Jean-François Baez, et les clarinettes de Bruno San-salone s'y répondent. Les mots sont poésie et chronique du quotidien, colère et parfois joie. L'amour qui console - quand il ne s'est pas " un instant absenté "- et le monde qui nous affole. De temps à autre, elle s'octroie le plaisir de chanter d'autres auteurs (ici, Jean Richepin et Germain Nouveau).

Mais, nullement à court d'inspiration, dans ce tour de chant et ce CD, Une fois qu'on s'est tout dit, elle dépeint notre belle civilisation, avec son culte de la performance scientifique (" Tout, tout de suite "), sa production d'inutile (" l'Usine à chagrins ") et ses crimes (les deux amoureux de Sarajevo abattus sur le " Pont suspendu "). Après un plaidoyer pour la mémoire populaire (" Dans une tête de linotte "), la voilà qui évoque le souvenir de Louise Michel (" Au cimetière de Levallois "). Celle-ci est l'héroïne d'une cantate, l'Oiseau Noir du Champ Fauve, créée en 2001 à Oullins, qui sera reprise au théâtre Toursky de Marseille. Sachez, enfin, que les quatre premiers 33 tours de Michèle Bernard sont réédités en un double CD, occasion de constater qu'ils ont gardé toute leur force. C'est peut-être pour cela qu'on les entend si peu sur nos ondes nationales ?

 

JACQUES VASSAL

 

Le nez en l'air  Oiseaux rares 2006

Photos : Sabine Li


Accordéon et accordéonistes

L'accordéon poétique de Michèle Bernard (critique + entretien)
Le nouvel album de Michèle Bernard renferme des "violences poétiques" qui donnent tour à tour envie de hurler, rire, pleurer, se rebeller et même se recueillir. On ne peut qu'être envoûté par la beauté des textes de cette artiste présente sur la scène française depuis plus de vingt-cinq ans et qui n'a pas eu la reconnaissance qu'elle mérite. Que dire de Vieille terre, dénonciation passionnée des injustices du monde servie par l'accordéon sensible et brutal de Jean-François Baez ?

Dans L'usine à chagrins, elle nous replonge dans l'atmosphère de la chanson réaliste, une époque où l'accordéon et la chanson évoquaient la vie des ouvriers et des sans-grades. Tout en ironie jazzy, tout tout d'suite raille la vanité de la course frénétique et dérisoire de l'homme. Avec un accordéon éraillé, crissant, émouvant et exotique, le port de Saint-Nazaire abrite des souvenirs de sable et d'oiseaux. Dans Viens, Michèle Bernard prend des accents de Jacques Brel et Jean-François Baez nous entraîne dans un tango effréné où le soufflet halète et se cabre dans cet hymne au rêve et à la liberté. Il y a aussi les invitations à la valse comme dans Une tête de linotte, une dénonciation de la télévision mangeuse de rêves et d'imaginaires.

Dans la berceuse kanak Sous les niaoulis (un hommage à Louise Michel), notre instrument flirte avec les percussions et les chœurs de toute beauté de l'ensemble Résonance Contemporaine. Un dernier mot sur Bruno Sansalone et Pascal Berne, contrebassiste et directeur musical, dont la réelle complicité sert à merveille la voix magnifique et poignante de Michèle Bernard.

S.C.

Esprit frondeur et accordéon en bandoulière, Michèle Bernard combine son amour du piano à bretelles et du verbe. Chanteuse, compositrice, poète et musicienne, elle a rempli le Kiron Espace à Paris en février et vient de sortir son dixième album, "Une fois qu'on s'est tout dit" (chez EPM).

Vous avez été découverte au Printemps de Bourges en 1978 et avez obtenu deux fois le prix de l'Académie Charles Cros. Qu'est-ce qui vous a amené à la chanson ?

J'avais une grande sœur qui adorait Georges Brassens, Yves Montand, Juliette Gréco, la rive gauche. Mon frère, lui, écoutait beaucoup de soul music, de negro spirituals. J'ai réalisé un mix de tout cela.

Vous vous reconnaissez une filiation avec les chanteuses réalistes comme Fréhel et Piaf, tout en prenant vos distances. Vous les chantez d'ailleurs avec beaucoup de tendresse...

À mes débuts, on m'a très vite collé l'étiquette de "chanteuse réaliste", sans doute à cause de l'accordéon. Ça m'a fait beaucoup d'honneur mais aussi beaucoup énervé. Je ne trimballe pas les mêmes choses qu'elles. Je suis moins fataliste, je possède une écriture plus poétique. Ce que je leur envie, c'est leur implication "tripale".

La poésie est essentielle dans votre création. Vous reprenez Bruant, Vaillant-Couturier, Maïakovski, les Chrétiens de Troyes...

Je me sens proche de Brassens à cet égard. Il a commencé par lire les poètes et les mettre en musique avant de se forger sa propre écriture de chanteur. Quand je me trouve dans une phase d'écriture, je me rends dans les farfouilles, qui souvent déclenchent en moi de l'inspiration.

Quand vous chantez, on a l'impression d'entendre le soufflet de l'accordéon...

Au fil des ans, une relation intime entre la voix et la respiration se crée, entre ces deux respirations. Je puise l'énergie dans le soufflet, et ma voix balance de l'énergie dans le soufflet, comme une espèce d'aller-retour.

En 1987, dans l'album "Pleurez pas", vous écrivez deux titres : "Je voulais pas faire de piano" et "L'accordéon". Que racontent-ils ?

Après mai 1968, j'ai quitté ma famille et les lourdeur de la société pour aller jouer dans la rue. J'accompagnais de jeunes auteurs-compositeurs qui faisaient la manche. L'accordéon c'était l'instrument de la libération et de la rue, il est lié à l'histoire sociale de Paris. Par ce biais-là, j'ai découvert la chanson française : Mac Orlan, Léonardi, Monique Morelli. Dans ce texte,, je disais : "C'est pas à la mode, l'instrument du populo, le petit bal musette / Mais moi, je m'en fiche, je vais mon petit bonhomme de tempo." Le piano, lui, symbolisait la petite bourgeoisie, tout ce que je rejetais à l'époque.

Dans votre spectacle au Kiron Espace, vous mettez l'accordéon en scène. Il est plus qu'un simple instrument. Il parle et s'esclaffe. D'où vous est venue cette idée ?

Cet instrument fait rêver par sa forme. Visuellement, il est magnifique : le soufflet qui s'ouvre puis se referme, les doigts qui se baladent dessus, les boutons de nacre. Il s'agit d'un très bel objet. Sans oublier tout ce que l'on peut faire avec.

Vous formez un duo très complice avec Jean-François Baez qui, lui, pratique le modèle touches boutons.

Moi, je joue simplement. Lui fait fleurir l'instrument. Et puis il y a la relation entre la voix et l'accordéon ainsi que le rapport magnifique qu'il cultive avec son instrument.

Vous donnez aussi une place importante aux instruments à vent. Pourquoi ?

J'apprécie la musique de rue, et l'esprit des fanfares me plaît. J'aimerais qu'à la fin du spectacle, on parte tous en jouant : les cuivres, l'accordéon. Encore ce vieux fantasme de prendre la route !

Quel modèle utilisez-vous ?

Un Piermaria très tonique, qui rythme bien le texte. J'ai le sentiment que le son de ma voix et celui de l'accordéon sont en harmonie. Avec lui, je joue de la valse musette que j'adore et tout ce qui m'inspire : tango, jazz, swing, musiques du monde. Il est important de désenclaver la chanson à textes.

En 1994, vous avez organisé une journée d'accordéon dans votre village. Comment cela s'est-il passé ?

J'habite à Saint-Julien-Molin-Molette, un village dans le parc du Pilât au sud de Lyon. Le fait que j'utilise l'accordéon m'a permis d'être adoptée par les habitants. J'ai eu envie de leur faire découvrir d'autres aspects de celui-ci. On a invité Jeannot Perret qui a amené sa formidable collection, Daniel Denécheau. Daniel Mille, Ricardo Tesi. Cela s'est terminé comme il se doit : par un bal.

En quoi consiste Musiques à l'Usine, le collectif d'artistes dont vous faites partie à Saint-Julien ?

Nous organisons des stages de formation à la chanson. Nous souhaitons faire se rencontrer le public amateur et le public professionnel. Nous avons invité Gérard Blanchard, Pierre Vassiliu... On travaille l'interprétation, la mise en scène, l'écriture, le chant polyphonique.

Vous composez beaucoup pour vous-même mais aussi pour le théâtre et la télévision. Vous arrive-t-il de trouver des idées en pratiquant l'instrument à bretelles ?

Ça m'arrive mais, très honnêtement, c'est plus au piano que j'en cherche. Souvent, je cherche au piano et ensuite et à l'accordéon.

Vos projets ?

Un spectacle autour de Louise Michel que j'ai monté avec sept chanteuses, un ensemble de percussionnistes handicapés mentaux, plus trois musiciens dont Jean-François Baez. Nous le présenterons à Marseille en décembre 2002.

 

Propos recueillis par Sylvie Clerfeuille

 

aden - du 30 janvier au 5 février 2002

MICHÈLE BERNARD du 1er au 23 février à l'espace Kiron

On est à mille lieues, ici, des Jenifer avec un seul n, Coralie ou Marjorie que la télé a portées bien rapidement sur les chemins de la gloire. Du haut de ses trois pommes, avec ou sans son fidèle accordéon, Michèle Bernard s'apparente plus à un ravissement inattendu, une douceur bienfaisante, un regard lumineux sur l'être humain. Comment ne pas craquer devant sa bouille d'enfant, ses mots poètes sans prétention, sa belle voix ample ?

 

 

La Croix • 8 février 2002

Les combats de Michèle Bernard
A l'occasion de la sortie simultanée d'un nouvel album et d'un recueil de ses premiers vinyls, la discrète Michèle Bernard se produit sur une scène parisienne.

On ne l'a jamais vue sur le plateau de feu " Taratata ", encore moins dans les émissions de variétés de TF1. On l'entend rarement à la radio, même sur les antennes de Radio France. Michèle Bernard n'a jamais accédé aux trompettes de la renommée, ne s'en plaint pas, mais admet une légère " blessure ", quand, après vingt-cinq ans de carrière et la reconnaissance de ses pairs, elle se " retrouve parfois en situation de débutante ", face à des gens qui voient en elle une nouvelle venue dans la chanson. Et pourtant la voilà sur scène, ce miroir qui ne trompe jamais.

Assise sur un banc, le dos tourné, Michèle Bernard attaque son récital d'une voix agile, mature. Puis elle se retourne, adresse un regard à Jean-François Baez, accordéoniste magistral, un autre à Bruno Sansalone (clarinette) et à Pascal Berne (contrebasse). Première pierre de son récital, Les Petits cailloux, une rêverie allongée, peuplée par la colère, la lassitude et espérance, écrite pour son premier album, et reprise dans son dernier disque, Une fois qu'on s'est dit. Un clin d'œil, un " petit côté bilan ", pour sa longue escale parisienne. Le bilan d'une carrière dévouée à la chanson, à " ce carrefour humain très important " où se prisent idées sociales et révélations de l'intime. Avec Michèle Bernard, la chanson n'est pas qu'une ritournelle, mais un moyen d'expression exigeant. Elle même, malgré quelques réticences, s'affiche " chanteuse à texte ". Comme un héritage.

Une ancienne étudiante en lettres, animée par l'esprit de mai 68

Michèle Bernard fait partie de cette génération marquée à jamais par mai 1968. Elle avait 20 ans. Etudiante en lettres, elle monte sur les barricades et rejoint une bande de " gratte-guitares ". Elle délaisse le piano familial pour adopter l'accordéon, " un instrument à claviers qui y ressemblait mais qui me permettait d'aller dans la rue. C'était assez symbolique ". La suite est l'histoire ordinaire d'une " saltimbanque " dans l'âme : elle fait la manche dans les restaurants lyonnais, s'adonne au théâtre, monte des spectacles pour enfants. Mais la passion de la chanson finit par l'emporter sur tout le reste, elle qui fut bercée par Brassens, Nougaro, Brel, Ferré et Anne Sylvestre - coproductrice de ses trois derniers albums - s'inscrit dans ces " années très militantes ", aux côtés de François Béranger, Catherine Ribeiro, et " Maxime Le Forestier de la première époque ".

En 1978, devenue auteur compositrice interprète, Michèle Bernard est programmée lors du Printemps de Bourges naissant. Elle y chante ses chansons coups de poing ou amusées. Sous le charme de cette petite brune gavée d'énergie, le " patron " du festival, Daniel Colling, lui fait enregistrer un album. Passés les premiers succès, déjà elle songe à la discrétion. En 1980, la chanteuse emménage dans une ancienne usine textile, dans un village du parc du Pilât (Loire), avec pour voisins des écrivains, des peintres et des photographes... Pendant une dizaine d'années, elle tourne en région, avant d'être soutenue par des scènes nationales. Celle de Saint-Nazaire produit son dernier récital. En 1995, elle monte avec ses amis l'association "Musiques à l'usine ", qui organise des festivités estivales autour de la chanson française.

" La Jeune révolutionnaire, je l'ai toujours en moi "

Même si le message s'adoucit au fil des années, Michèle Bernard n'oublie pas qui elle est :" La jeune révolutionnaire, je l'ai toujours en moi ". Même si elle ne chante plus ce " Monsieur qui s'engraisse du cou, de la fesse et du porte-monnaie ", elle conserve ses marottes, ses combats. Pour la communarde Louise Michel, dont elle admire le parcours depuis plusieurs années. Pour l'amour, celui "de l'humain ". Enfin pour la chanson, car, si elle ne devait se croire qu'un devoir, ce serait de nous exhorter à apprendre une chanson par cœur, comme elle le professe dans Tête de linotte : " Rien qu'une chanson qui t'fait du bien/Mais tout entière, couplet refrain... "

Benévent TOSSERI

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L'oiseau noir du champ fauve

La Provence • 17 janvier 2002

Un lumineux hommage à Louise Michel


Photo : Jean-Louis Gonterre

Michèle Bernard nous transporte dans le Paris ouvrier des années 1870 et fait revivre la plus émouvante des révolutionnaires.

Quelques sabots de bois. Une grande roue, une estrade qui deviendra tribune, fît, pour seule toile de fond, comme un ciel aux nuances sanguines, pommelées de cerises éclatées. Un drapeau figé au-dessus d'une scène austère et sobre.

Comme Louise Michel.

Elle accueille pourtant les excès et toutes les intempérances d'une vie peu commune et sans douceur. C'est d'ailleurs ainsi que démarre Michèle Bernard, créatrice de ce spectacle monumental, accompagné par l'Ensemble Vocal Résonance Contemporaine (magique !) et par les Percussions (étonnantes) de Treffort. Pas doux "d'aborder le monde en "bâtarde" - comme l'on disait, à l'époque - avec pour seule chance un bagage culturel et un métier : institutrice. En un ballot de chansons, Michèle Bernard nous jette au cœur cette vie qui ne se réclame d'aucune église mais d'une boussole. Citoyenne du monde, la communarde le fut, même si l'image aujourd'hui, paraît délavée. Car si l'on se souvient toujours de son nom, beaucoup ont oublié son histoire. Son rôle -majeur - dans la révolte et la création de la Commune de Paris. Sa fougue d'ambulancière ou de soldate, fusil en main, capable de sauter une barricade assaillie par la mitraille pour sauver un chaton. Tout cela est esquissé sur scène avec la subtilité si propre à Michèle Bernard. Et entre deux chansons, les sabots de bois se font percussions, échos des travaux manuels de ces ouvriers plus pauvres que des souris d'église...

Et les tambours martèlent, le tocsin funeste des barricades qui tombent les unes après les autres, de Paris à Marseille, de Lyon à Toulouse, de Narbonne à Saint-Etienne pour une "Danse des hombres" que l'on sait finale. Comme entre parenthèses, l'accordéon de Jean-François Baez, le saxophone de Pascale Amiot, les clarinettes de Laurent Vichard soutiennent quelques bribes de poèmes de Victor Hugo. Pourquoi ? Sans doute pour rappeler la passion de Louise Michel pour l'écrivain mais aussi et surtout, pour soutenir l'idée que la poésie traverse la prison, la saleté, la faim, les poux. La barbarie des hommes, Et elles y vont, cœurs mêlés, Michèle Bernard/Louise Michel, Sublimes, en nage, en hargne elles revendiquent - en dépit du peloton d'exécution - ce qui fut un combat. Ah ! Il faut la voir Michèle Bernard, toute droite, haranguer nos mémoires et prêter son corps et sa voix à la "Vierge Rouge" pour défendre ses frères, chair à pavé, chair à travail, chair à patron, chair à trottoir, chair à prison, chair à scalpel pour les savants, chair à fusils pour tous les va-t-en-guerre.

Et chair de poule pour tous les spectateurs muets devant cette force, cette révolte inscrite dans toutes les fibres de sa peau et jusqu'au dernier souffle de son accordéon. Michèle Bernard chantera aussi la déportation vers une Nouvelle Calédonie carcérale que Louise Michel voulait voyage quand "il devient trop étroit de vivre". - Elle le dira, l'amnistie venue, de retour en France pour tenir des conférences révolutionnaires ponctuées d'autant d'emprisonnements. - Jusqu'au cimetière de Levallois, carré 10, où repose Louise entre Léon Zitrone et Mme Soleil. "On a fait des progrès ? lui demande-t-elle, ironique... Avant, de tendrement saluer l'homme qui repose - aussi - non loin d'elle et qui fit battre si fort son cœur. Un certain... Ferré. Poignante, Michèle Bernard l'est de bout en bout. Au point que le rideau tombé, on ne pourra plus jamais lire ou penser à Louise Michel sans associer à son image, ce visage miraculeux que le combat sublime. Michèle Bernard dont le second prénom - dit-elle - est Louise. De Louise Michel à Michèle Louise, il fallait faire tout ce chemin pour sentir cet amour partagé, de la scène à la salle, dans une complétude parfaite pour, un "Temps des cerises" final - charnellement - inoubliable. À l'image de tout le spectacle.

Christine GEORGET

 

 

Le Monde • 17 mars 2001

Michèle Bernard chante Louise Michel au théâtre d'Oullins

Hasard du calendrier : c'est samedi 10 mars, à la veille de la performance électorale de Charles Millon, l'artisan des alliances de la droite convenable avec le Front national, que Michèle Bernard a créé L'Oiseau noir du champ fauve, chansons pour Louise Michel, dans ce Théâtre de la Renaissance d'Oullins (Rhône) qui a accueilli les rassemblements d'artistes rhônalpins contre l'extrême droite. "Dans une époque désemparée et désenchantée, expliquait peu avant la chanteuse avec un certain sens de la prémonition, j'ai eu envie de réécouter la petite musique de ce personnage austère et fascinant qui a "jeté son cœur à la Révolution" alors qu'elle se rêvait poète et musicienne."

En une quinzaine de chansons, Michèle Bernard brosse un portrait affectif de la "vierge rouge", militante révolutionnaire de la fin du XIXe siècle, communarde déportée, en 1873, au bagne de Nouvelle-Calédonie, où elle comprend avant bien d'autres la profondeur de la révolte anticolonialiste. On peut compter sur Michèle Bernard, compositrice libre à la façon d'une Giovanna Marini, gourmande de toutes les musiques traditionnelles ou contemporaines, pour composer un portrait polyphonique de l'utopiste. Quand elle s'avance sur scène avec ses mots tendres et cinglants, c'est toute la cohorte des femmes de l'Histoire, jamais résignées, jamais aigries, qui nous tend la main.

Message rebelle

Pour cette œuvre-évocation, elle a composé des musiques pour cuivres et accordéon et pour voix de femmes, chantées par elle-même et par les sept chanteuses du chœur classique Résonance contemporaine. Parallèlement à des disques solo remarqués (Le Kiosque, Diva's Blues, Voler) Michèle Bernard s'est lancée depuis quelques années dans la composition pour ensembles polyphoniques. Ici, le chœur porte la parole de Louise Michel, à travers ses Mémoires et ses poèmes, tandis que Michèle Bernard chante l'actualité du message rebelle. Hier comme aujourd'hui, " le monde n'est pas doux quand les supermarchés proposent leur marque de piment baptisée cyniquement "Tien An Men".

Les Percussions de Treffort, ensemble professionnel formé de handicapés mentaux, ponctue la ballade des Canaques ou des Communards. Entre leur présence fragile et la belle rondeur des voix de femmes, Michèle Bernard offre un de ces précipités d'émotion qui, comme dans ce Temps des cerises, chanté à plusieurs voix au rappel, nous laisse "au cœur une plaie ouverte".

Catherine Bédarida

 

 

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Voler...

Libération • 16 et 17 janvier 1999

Une voix Nomade

Découverte au Printemps de Bourges en 1978, Michèle Bernard n'a jamais cessé depuis de chanter, composer, enregistrer, voyager. La ferveur du public venu l'applaudir à Ivry vérifiait que Michèle Bernard est une chanteuse culte, et que Nomade, sa chanson d'entrée en scène, a fait un diable de chemin chez les aficionados de belle chanson. Michèle Bernard est un peu Pierrot, un peu petite fille endiablée, un peu institutrice, les cheveux tirés en natte.

C'est d'abord à sa voix qu'on s'attache, si maîtrisée, si naturelle, accompagnée avec humour et discrétion. Le récital présente les chansons de son dernier album (EPM), avec une prédilection pour les souffrances des gens d'ailleurs, même quand ils sont ici. Tour de force, une chanson sur les mots que la langue française a "volés" (pas évident), coup de cœur, une chanson d'amour juste à l'accordéon. En final, une évocation de Louise Michel, institutrice chez les Canaques... Rares sont les chanteuses qui peuvent parler aussi bien au cœur quà l'intellect.

H.H.

 

 

Télérama Paris • 3 février 1999

Michèle Bernard

Certaines vérités sont bonnes à dire et à redire. Alors, on répétera que la discrète Michèle Bernard est une artiste d'exception. Que ses textes sont de petites merveilles de générosité, d'humanité et d'humour. Que ses mélodies métissées vont puiser aux plus belles sources d'inspiration. Qu'il ne reste que cinq jours aux retardataires pour découvrir son nouveau spectacle.

Valérie Lehoux

 

 

La Croix • 25 janvier 1999

Michèle Bernard, l' "anti-show-biz"

Accueillie par le théâtre d'Ivry comme artiste en " résidence chansons ", Michèle Bernard, la " révélation 1978 " du Printemps de Bourges, y présente son dernier spectacle

Depuis 1978 et le coup de projecteur du Printemps de Bourges qui l'a sacrée " révélation de l'année ", Michèle Bernard n'a guère changé, elle est toujours cette femme sans fard ni poudre aux yeux, " discrète de tempérament ". Seul l'éclat de ses prunelles bleu azur trahit un caractère qu'on devine un peu trempé. D'une voix égale, elle concède volontiers s'être montrée viscéralement " anti-show-biz " à ses débuts. C'est pourquoi, une fois franchie l'entrée des artistes et empochés ses deux grands prix de l'Académie Charles-Cros, cette bohème intègre sort par la petite porte. Et poursuit sa route cahin-caha. Sans tapage ni coup d'éclat mais sans anicroche.

Un effacement librement consenti

Depuis, bien à l'abri du star système, elle a exploré les voies du théâtre chanté, monté des spectacles, multiplié les tournées, elle a imposé, enregistré ses albums. De cet effacement librement consenti, elle ne tire " ni dépit ni aigreur " mais justifie cette attitude par son goût des choses simples et des petites gens.

Il a donc fallu la proposition alléchante du théâtre d'Ivry pour que sorte de sa tanière, Saint-Julien-Molin-Molette, un ancien vilage-usine de l'industrie textile, niché au sud de la Loire. " Alors seulement, glisse-t-elle en esquissant un vague sourire, j'ai troqué un point d'ancrage pour la banlieue parisienne. " Elle est ainsi devenue une artiste en " résidence chansons ". La formule, instaurée 1992, repose sur un échange de bons procédés. Le théâtre accueille tous les ans un chanteur de son choix et lui offre de réaliser son spectacle en mettant à sa disposition tous les moyens techniques nécessaires. En contre-partie, des rencontres sont organisées entre le " résident " et son public, par le biais des ateliers qui groupent associations, établissements scolaires ou encore chorales de la ville. Juliette, Sarclo, Allain Leprest et Éric Lareine s'y sont, entre autres, déjà succédé.

Une aubaine pour ceux, nombreux, " qui ne sont pas des vedettes à paillettes mais des amoureux de la scène ", souligne-t-on à la direction du théâtre. " Pouvoir rompre avec la solitude de la création est un luxe, soutient quant à elle Michèle Bernard. C'est la possibilité de répéter sur scène sans contrainte de temps avec une véritable équipe de professionnels ". Sans compter que le théâtre offre aussi le savoir-faire d'un " producteur scène " chargé de coordonner l'ensemble, depuis le montage, en passant par la recherche de subventions, jusqu'à l'affichage et la promotion.

" Voler ", album confectionné pour l'occasion

Repéré au café de la Danse par la Directrice Leila Cukierman, la chanteuse est arrivée à Ivry en octobre dernier, son dernier album, " Voler ", en bandoulière. Confectionné pour l'occasion, il est parcouru d'une même onde de bout en bout : le voyage, les mots sans frontières, l'accueil de l'étranger, les visages du métro, les portraits pittoresques. Car rien n'échappe à la plume-calpel de l'interprète quand il s'agit de dépeindre ses rencontres, ses mondes. " Cette fois j'ai véritablement choisi un thème de travail. Quand on arrive ici, les chansons doivent être prêtes. " D'autant que les artistes en résidence ne sont pas hébergés sur place. Leur travail porte avant tout le spectacle.

Une " petite fanfare de rue "

Pour le mettre en forme, Michèle Bernard a choisi l'épure. Avec ses quatre musiciens, elle forme une " petite fanfare de rue ". L'équipe de techniciens a immédiatement saisi son souci de simplicité. Elle s'est donc attachée à faire " varier les ambiances au gré des personnages évoqués ", en mettant l'accent sur la " fluidité des liens. Des petits riens, des jeux de lumière quasi invisibles mais qui donnent une impression constante de mouvement entre les musiciens et moi ", explique la chanteuse, un rien de trac dans la gorge à quelques jours du spectacle. " C'est tout l'intérêt de travailler avec de nouvelles personnes. Il faut savoir se mettre en danger. "

 

Isabelle Curtet-Poulner

 

 

La Tribune - Le Progrès • 28 août 1999

Michèle Bernard s'envole
Avec Voler... son dernier CD, Michèle Bernard s'envole en mots et en chansons. Un petit tour du monde en une quinzaine de titres...

"Qu'apporte un artiste, si ce n'est son regard sur le monde ; une manière de le montrer qui va toucher les gens, les changer un peu, les aider à vivre. L'art doit faire partie des choses qui rendent à l'individu sa dignité et son envie de vivre" déclare Michèle Bernard. Et comme la chanteuse ne chante pas pour ne rien dire, quand elle accorde un entretien, l'heure est riche de considérations de toutes sortes, sur la vie, sur les gens, sur la chanson... Car Michèle Bernard, si elle appartient certainement au show-biz, n'est pas vraiment du star système. Elle aurait même plutôt joliment tendance à vous faire voir, plutôt qu'elle, la vie autour d'elle et tout ce qui l'enchante.

Paroles et musiques du monde

Cela fait déjà longtemps que Michèle Bernard s'est installée à Saint-Julien-Molin-Molette. "Ici, on remet les choses à leur vraie place, celle de citoyen lambda" dit-elle gentiment. Cela fait déjà longtemps que Michèle Bernard chante sur les scènes et elle est de plus en plus belle... La sérénité, la maturité, les deux mêlés lui vont bien, très bien.
Ses textes aussi ont bien vieilli. Ils disent les choses qui sont parfois difficiles à traduire, avec beaucoup de finesse, de tendresse. Son dernier CD, intitulé Voler... regroupe une quinzaine de chansons, qui sont de la bonne, de la très bonne chanson française : celle qui paradoxalement puise son inspiration au delà des frontières. "Mon dernier spectacle parle de la France, à travers les étrangers qui la traversent ou qui s'y installent, et des personnes que je croise dans ma vie, explique-t-elle. J'emprunte musicalement aux origines de ces divers personnages." Qu'il s'agisse de cette "Noire Nounou berce-nous de tes bras doux doux" ou de "Madame Tiou tiou ! Zut ! Parl' tout' seule dans sa maison", ces personnages tout en couleurs, en douceur, en rires ou en douleurs, sont humains, très humains.

"Cela participe, explique Michèle Bernard, d'une réflexion sur la chanson française. Il faut en donner une image qui ne soit pas cloisonnée. Il faut aller à l'étranger pour réaliser qu'elle a une spécificité, un caractère, une âme. Les chanteurs français devraient en avoir plus conscience, de la fierté et l'envie de la communiquer, mais sans la séparer du reste du monde."

Une différence sensible

Tutsi Hutu, C'est un rital, Noire nounou, Boyaux de Paris... Tous ces titres de chansons, réunis sur son dernier CD donnent le ton : "C'est une manière personnelle de réagir à une xénophobie ambiante, rampante, lance-t-elle. Autant en 1970, la chanson exprimait des idées sociales en langage direct, autant aujourd'hui, les choses ont évolué. Il y a une approche plus sensible et plus poétique de ce problème de la différence. L'art et la musique ont cette fonction d'aider à approcher les autres dans leurs différences."
Elle s'accompagne à l'accordéon, au piano ou au violon mais surtout, elle écrit de sacrées chansons Michèle Bernard. Il faut tendre l'oreille à ses textes, c'est un régal d'écriture, de mots, de jeux. Mais pas seulement ! Les textes de Michèle Bernard sont pleins à faire craquer le CD, d'idées, d'idéaux, de petits travers, de grande misère, de malices et de délices...

Avec Voler..., c'est notre vocabulaire qui en prend un coup, bon ou mauvais peu importe. Voler les mots, cela enrichit le vocabulaire, même si cela appauvrit la langue française... A ce propos Michèle Bernard s'inquiète : "Les gens s'expriment avec de moins en moins de mots. Il y a moins de pensée fatalement, donc c'est inquiétant."

Plus loin, "Avec la course folle à l'argent, j'ai l'impression que les gens ont de moins en moins de prises sur le fonctionnement du monde," regrette Michèle Bernard, avant de lancer en vraie pro de la bonne chanson qu'elle est : "Je défends le spectacle vivant, dans un monde où se développe de plus en plus le virtuel. J'ai envie que les gens voient de vrais gens. Je suis à la recherche de moments uniques, qui diffèrent de la culture en boîte..."

Michèle Bernard est de plus en plus belle. Elle chante la possibilité de s'aimer, que l'on soit, rital ou auvergnat, noire nounou ou madame Tiou, Tutsi, Hutu....

Nicole Dupain

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Quand vous me rendrez visite

Télérama • 22 au 28 mars 1997

Splendeur ƒƒƒƒ


Photo : Jean-Louis Gonterre

Michèle Bernard vit de chanson, et la fait vivre. Stages, festivals, chorales d'enfants, spectacles musicaux, tournée " pour chanteuse, chœur de femmes et petit orchestre forain "... Côté disques, la Lyonnaise se fait plus souvent silencieuse. Elle publie peu, et lentement. Cela vaut toujours la peine de l'attendre.

Cet album-ci, en particulier, le plus beau qu'elle nous ait donné. Ecriture, mélodies, interprétation, tout sonne accompli. La voix, vibrant d'une ardente légèreté ; le jazz et la java, le tango et la valse, le clin d'œil aux Blues Brothers, les petites cantates ; les mots, qui prennent visages et voyages dans leurs filets lumineux...

La visiteuse vient les mains pleines d'amitié. Pour Les Vieux, les Enfants, pareillement mal aimés ; Pour une môme, jolie môme ; pour un facteur nommé Cheval et un Chaperon rouge qui fait conte buissonnier. Elle effleure une veine bleue où palpitent la colère et la vie, un pyjama boutonné sur des sommeils d'enfance et d'agonie. Elle guette le " clin d'œil d'une étoile ".

Elle fait également résonner d'autres chants que le sien : un traditionnel gallois adapté en français par Gérard Delahaye ; deux poèmes de René-Guy Cadou, Je t'attendais ainsi qu'on attend les navires et L'Etrange Douceur - ce dernier enchaîné avec des vers de Neruda mêlés à ceux de Michèle Bernard : splendeur de ces Pentes rousses, une partition complexe et captivante, avec chœurs et changements de rythme. Compagnons de ce partage, les musiciens accordent leurs cordes, leurs cuivres, leurs touches et leurs peaux à l'exigence de celle qui les a réunis.

On voudrait nommer chacun - mais vous lirez leurs noms sur la pochette, car s'il est un disque avec lequel commencer ce printemps, c'est celui-ci, ce bonheur crescendo.

Anne-Marie Paquotte

 

Le Monde de la Musique • juin 1997

Choc
Toujours entre deux créations (Divas blues, Des nuits noires de monde, Lala et le cirque du vent), une chorale d'enfants, une mise en scène, l'éclectique Lyonnaise, par deux fois primée par l'Académie Charles-Cros, en oublie de faire des disques. En voici enfin un, le septième, après Des nuits noires de monde qui remonte à 1992.

On y retrouve la manière qu'elle a de bâtir des chansons philosophiques aux allures de rengaine populaire via des passeurs-auteurs (ici René-Guy Cadou, Neruda). On y retrouve aussi ce style de chant réaliste décalé dont le lyrisme prend sa pleine saveur avec les clairs-obscurs de la boîte à frissons. Cette fois, à l'instrument fétiche se marient piano, violoncelle, flûte, clarinette, vibraphone (arrangements de Jean-Luc Michel), avec un parti pris classique. Pour apprécier ce délicieux et pudique personnage qu'est Michèle Bernard, on sera inspiré de lire le substantiel dossier que lui consacre la dernière livraison du trimestriel Chorus (B. P. 28, 28270 Brézolles ; tél. : 02 37 43 66 60).

Frank Tenaille

 

Le Monde • 22 mars 1977

Les Gris-Gris de Michèle

" Quand vous me rendrez visite ", nouvel album de la chanteuse lyonnaise

MICHÈLE BERNARD est de retour, avec son univers de mômes mauvaises graines, de piliers de bistrots, de prisonniers mélancoliques, d'amoureux doux. Depuis vingt ans, l'artiste lyonnaise écrit ses textes, compose ses musiques et promène sur scène son accordéon, ses révoltes et ses rêveries.

Des chanteuses réalistes, elle a hérité le goût du populo et du sentiment. Des blues women, elle a retenu la belle voix grave, aérienne, poignante. Des années 70, elle a gardé l'hostilité à la chasse et à la guerre. Dans la France d'aujourd'hui, elle puise ses histoires des " beaux enfants de la misère " : " Petits hommes en trop dans le décor; même dehors, on nous dit "dehors" " (Rêves réverbères).
Comme le cinéaste Mike Leigh dans Secrets et mensonges, Michèle Bernard trouve les mots justes - et tendres - pour parler des laissés-pour-compte. Elle aime les perdants, les amours bancals : " lu as raté ton train. Ma lettre s'est perdue. Il n'est plus à l'affiche le film qu'on voulait voir. Le chauffe-eau est cassé. Le plafond se décolle. Et mon anniversaire, tu y as pensé trop tard " (Comme par hasard). On croit alors trouver une copine, une frangine. On rencontre un mystère.

Car en écoutant ce nouveau disque, Quand vous me rendrez visite, on sent bien que Michèle Bernard a traversé trop d'expériences pour se laisser définir en quelques adjectifs. Elle est tour à tour enfant émerveillée, vieille conteuse ridée, femme amoureuse, croqueuse cruelle. Mais elle est d'abord poète, auteur de textes superbes. Son écriture est nue, directe, entière, qu'elle ironise sur les grigris antistress de l'homme moderne - "Loto millionnaire ecstasy, Minitel rosé et Kiravi" (Gris-Cris) - ou qu'elle dise la puissance de la vie - " cette veine bleue sur ta tempe qui me fait si peur, petite rivière souterraine qui vient se jeter dans mon cœur" (La Veine bleue). Dans trois des vingt chansons de ce disque, elle interprète les poèmes de René-Guy Cadou, notamment Je t'attendais ainsi qu'on attend les navires, et de Pablo Neruda.

Du théâtre a la musique

Une voix, une poète, une musicienne : dans ces trois directions, Michèle Bernard n'a sans doute jamais cessé de chercher. Partie du théâtre, elle a cheminé vers la musique. Après des études au Conservatoire d'art dramatique et des créations avec quelques compagnies lyonnaises, elle a commencé ses récitals de chansons et enregistré son premier disque en 1978. Elle a composé des musiques de cinéma et de théâtre. En 1995, elle a joué dans Lala et le cirque du vent, une comédie musicale d'Anne Sylvestre mise en scène par Viviane Théophilidès. Pour son précédent disque, Des nuits noires de monde, elle avait engagé un chœur de femmes et un petit orchestre forain. Dans Quand vous me rendrez visite, elle appelle un deuxième accordéon (Frank Lincio) qui flirte parfois avec les mélopées orientales, un pianiste (Jean-Luc Michel) aux accents jazzy, un chœur mixte d'adultes (dirigé par Elisabeth Ponsot).

Elle partage ses recherches avec tout un réseau de musiciens amateurs ou professionnels, aux Ateliers chanson de Villeurbanne et lors des stages qu'elle organise dans son village près de Lyon. Là, dans une ancienne usine, elle propose des ateliers d'écriture de chansons et d'interprétation. Elle y transmet ses exigences professionnelles et, sans doute aussi, ses pieds de nez de gamine insolente.

Catherine Bédarida

 

La Provence • 1997

Magique... En toute simplicité

Elle n'a pas appris à chanter dans les salles de musculation. Ses ventes de disques ne subissent aucune "gonflette". Normal : elle n'est pas "commerciale". Seulement géniale.

Avez-vous déjà pensé qu'un pyjama puisse raconter une vie ? Traverser es petites histoires et l'Histoire elle-même ? C'est pourtant ce que nous conte Michèle Bernard à travers ce simple vêtement. "L'enfant qui écoute une histoire, avant d'être seul dans le noir, tortille du bout de ses doigts le pyjama " où "la pudeur (...) coud des boutons qu'une main aimée défera" (...) ou "protégeant ce qui fut un corps, sur le lit d'un camp de la mort, vieille photo de Treblinka, un pyjama..."

L'art de ciseler les mots, d'y accrocher des notes qui résonnent en écho, Michèle Bernard le connaît par cœur. Son dernier album "Quand vous me rendrez visite" est un pur joyau d'intelligence, jubilatoire ou grave, une kyrielle d'images et d'histoires qui collent à la mémoire comme autant de souvenirs intimes. L'écouter, c'est se retrouver tout à coup un sourire aux lèvres. En état de bonheur immédiat. Qu'elle chante "Les Vieux et les Enfants", l'histoire du "Facteur Cheval", ou ces "Temps si durs" qui nous traversent, elle touche juste. Pile à l'âme. Face au cœur. Et quand ses mots se font révolte devant l'absurdité du monde, c'est sous un faux-air tranquille. "Mais où est donc le capitaine du navire ? Les moussaillons boivent le bouillon ça tourne ça vire, personne ne sait plus naviguer, tous nos filets sont emmêlés, et les petits poissons font la gueule ! Les voilà prêts à s'accrocher à l'œil de verre et au délire du premier Capitaine Crochet qui pue la haine et la friture... Y'a pas à dire... Les temps sont durs!".

Soutenus par des musiques où son piano vertical (inséparable accordéon) est omniprésent (mais ça, ce n'est pas une nouveauté, elle l'utilisait bien avant que cet instrument de bateleur ne "redevienne" à la mode), les mots de Michèle Bernard sont ardents, fertiles, étincelants. Comme elle. Deux fois consacrée par le prix "Charles-Cros" (le moins connu mais le plus glorieux de la chanson française), elle signe ici après 20 ans de carrière, un album magique.

Ce C.D.-là devrait être remboursé par la Sécurité Sociale : il soigne si bien le mal de vivre...

 

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